Par Philippe Franceschi – Consultant en sécurité – Pour bvoltaire.com – Mardi 31 mars 2020 – Source

Le gouvernement a déclenché, il y a quelques jours, l’opération Résilience, qui constitue la participation des armées à l’effort national de lutte contre la pandémie Covid-19. Le communiqué officiel évoque les domaines de la santé, de la logistique et de la protection mais ne fait aucune mention de la créée, le 13 octobre 2016, par François Hollande. Il ne pouvait en être autrement, car elle a été créée sans aucun concept d’emploi et sans moyens spécifiques, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis où elle est déjà activée dans tous les États et territoires. Les moments que nous vivons aujourd’hui nous rappellent combien une territorialisée, dotée de missions et moyens spécifiques, aurait été utile à la nation afin d’anticiper la gestion de crise que nous connaissons aujourd’hui.

Mon propos a pour but de dénoncer la supercherie qui a consisté à créer cette Garde nationale, véritable coquille vide, notion « chapeau » sans esprit novateur, sous couvert d’un plan de rénovation et de relance des réserves opérationnelles militaires et de la réserve civile de la police. On ne pouvait qu’être d’accord pour encourager, par diverses mesures, la réserve militaire, mais afin d’en faire une véritable Garde nationale pour la défense du territoire, ce qui n’est pas le cas actuellement. Il s’est manifestement agi d’une manœuvre politique à un an de la présidentielle afin de couper l’herbe sous le pied de Marine Le Pen, qui réclamait depuis plusieurs années sa constitution. On nous a donc vendu du vent, alors que la réflexion avancée sur le sujet est ancienne. Il n’est pas trop tard pour réfléchir à une nouvelle stratégie de défense du territoire qu’exige le contexte sécuritaire dégradé et décider de doter la Garde nationale d’un véritable concept d’emploi et de moyens qui en découlent.

Celui-ci devrait décliner les scénarios de crise, les cas et volumes d’emploi de réservistes et pourrait être lié à la continuité des services publics et accessoirement militaires, en fonction des besoins : terrorisme, catastrophes naturelles ou industrielles, protection de l’environnement, protection des côtes, pandémie (escorte et distribution de masques et tests, patrouilles pour éviter les pillages, etc.). La territorialisation de la Garde nationale pourrait s’appuyer sur le puissant réseau de la gendarmerie, présente sur 95 % du territoire national, qui dispose d’un statut militaire, de la plus forte proportion de réservistes et d’un esprit de corps compatible avec celui des armées, à la jonction des ministères des Armées et de l’Intérieur.

Pour illustrer mon propos, j’observe qu’actuellement, la Garde nationale des États-Unis assure la collecte d’échantillons sur les sites de test Covid-19 effectués directement dans les voitures, contribue à assainir les espaces communautaires et distribue de la nourriture à partir des lieux de stockage locaux aux résidents en quarantaine, dans le besoin, y compris les élèves qui dépendent de repas gratuits ou à bas prix dans le milieu scolaire. Soyons, nous aussi, pragmatiques et innovants.

Comme d’habitude, les forces armées, avec l’appui des réservistes, sauront admirablement s’adapter et contribuer à l’effort national, notamment sur le plan du service de santé et de la logistique, malgré des moyens qui ont beaucoup régressé depuis une vingtaine d’années et des théâtres d’opérations extérieures extrêmement prégnants.

Mais après cette pandémie viendra le temps de la nécessaire rénovation de notre système de santé mais aussi celle du contrat opérationnel de protection du territoire national dévolue aux armées, afin que la garde nationale devienne effectivement un acteur incontournable et populaire de la protection de notre pays. Il faudra y mettre les moyens financiers et humains nécessaires. Se muer en chef de guerre ne suffit pas, il faut d’abord savoir anticiper et prévoir, donc gouverner.