Par Contributeur anonyme – pour defendre-la-defense.com – Jeudi 14 février 2019

« Sans nos patrouilleurs, demain, nous perdrons notre souveraineté sur nos espaces ultramarins » Amiral Prazuck, chef d’Etat-Major de la marine

Alors qu’avec 11 millions de kilomètres carrés d’eaux sous sa souveraineté, la France est le deuxième pays maritime au monde, elle fait face, depuis 2010, à des réductions temporaires de capacités (RTC) dans le domaine de la surveillance et de la protection de ses zones maritimes et de leurs ressources qui menacent sa souveraineté.

Or, ainsi que le rappelle l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la marine, « ce qui n’est pas protégé est pillé, et ce qui est pillé est contesté». Notre sécurité est “au large”, c’est-à-dire que notre domaine ultra-marin est en première ligne contre les trafics :

  • aux Antilles, la lutte contre les trafics, notamment de stupéfiants;
  • en Guyane, contre l’orpaillage clandestin et pour la protection du centre spatial et des frontières avec le Brésil ou le Surinam;
  • à Mayotte, l’immigration clandestine;
  • dans l’océan indien, la piraterie et la pêche illégale.

 

Enfin, la présence du pavillon tricolore sur ce domaine maritime participe de la politique mondiale de la France, invitée en raison de sa présence, à tous les forums de sécurité du monde (Afrique, Amérique latine et Pacifique).

Face à des réductions dramatiques de capacités, une ambition navale pour l’Outre-mer

Depuis les années 1980, le format minimum pour chaque département, région ou collectivité d’Outre-mer était de quatre bateaux par «théâtre :

  • deux patrouilleurs,
  • un bâtiment logistique,
  • une frégate de surveillance.

Alors que les frégates de surveillance peuvent évoluer loin de leurs bases, les patrouilleurs de type P-400 complétaient la surveillance des zones économiques exclusives et les Batral assuraient des missions logistiques de ravitaillement des îles tout en pouvant intervenir en cas de catastrophe naturelle impliquant une opération humanitaire.

Ce format permettait de tenir notre ZEE.

Mais en raison du manque de vision et d’ambition maritimes des gouvernements précédents, des choix opérationnels rendus obligatoires par une contraction des budgets et malgré la commande récente de chalands de débarquement, ce format Outre-mer a été délibérément sacrifié, faute de volonté politique des autorités politiques :

Les frégates de surveillance[1] sont anciennes : même modernisées, les actuelles frégates de surveillance accuseront au moins 35 ans avant leur remplacement qui n’est prévu qu’à partir de 2030 au mieux. Ces plateformes sont d’ores et déjà  obsolètes : sans drone, un parc hélicoptère ancien voire absent (Panther etAlouette III), un armement faible.

 

Notre politique :

Lancement des études de remplacement en vue d’une commande au prochain quinquennat (2022) avec une réflexion renouvelée sur leurs capacités et leur nombre (6,8, 9 ?) au vu du développement des flottes régionales ;

Harmoniser ce programme de « frégates de surveillance Outre-mer » avec le programme PHM (patrouilleur hauturier métropolitain, programme de dix patrouilleurs plus lourds que les POM) qui serait ainsi rebaptisé « frégate de surveillance métropolitaine » afin de disposer d’une plateforme modulaire plus ou moins équipée selon les missions et de profiter de l’économie générée par un effet de série ;

Lancer en parallèle l’opération sur les hélicoptères H160M et le futur système de drone (programme SDAM), deux plateformes destinées à équiper les frégates de surveillance Outre-mer et métropolitaines.

 

Les patrouilleurs Outre-mer resteront un problème majeur. Le format de la LPM prévoit 18 patrouilleurs fin 2025 : pour l’Outre-mer, ce format comprend les deux PLG en service (« patrouilleurs légers Guyane » dont deux – la Confiance et la Résolue – sont basés en Guyane), un troisième PLG en construction (La Combattante qui sera livrée an août prochain à Saint Louis, Martinique) et la commande, en 2019, de six nouveaux patrouilleurs d’Outre-mer destinés à :

  • la Nouvelle-Calédonie (2),
  • la Polynésie française (2),
  • La Réunion (2).

La marine prévoit de les réceptionner entre 2022 et 2024, ce qui lui permettra de remplacer ses deux derniers P-400 et les deux Patrouilleurs de Service Public (l’Arago et Le Malin), tout en comblant le trou capacitaire subi ces dernières années suite au non remplacement immédiat de plusieurs patrouilleurs.

Mais le niveau moyen des réductions des patrouilleurs Outre-mer atteindra dès 2020, 50 %, et risque même d’être total pendant 18 à 24 mois à compter de 2020 en Nouvelle-Calédonie.

Les hypothèses de prolongation de la durée de service de ces matériels sont à l’étude afin de limiter ces RTC, mais elles comportent d’autant plus de risques que les navires concernés sont obsolètes et, en tout état de cause, leur financement n’est pas programmé…

 

Notre politique :

Un patrouilleur Outre-mer n’étant un bâtiment ni compliqué et long à construire ni coûteux (entre 20 et 25 millions € en fonction de l’effet de série), il est recommandé de doubler la cible des patrouilleurs par façades maritimes, c’est-à-dire de disposer d’une flotte de 12 patrouilleurs neufs pour l’ensemble du domaine ultra-marin (à laquelle s’ajoutera la flotte des trois PLG déjà construits et qui seront encore jeunes en 2025/2030), un objectif qui est raisonnable compte tenu des étendues à protéger et des enjeux.

Capacité de surveillance aérienne à renouveler rapidement : ces divers moyens, qui devraient sérieusement être étoffés seraient en partie « aveugles » sans le secours des quatre Falcon 50MI (Marine-Intervention) de la flotille 24F, basée à Lann-Bihoué, qui a été doublée entre 2013 et 2016 avec la mise en service de quatreFalcon 50MS (Marine-Surveillance) : les huit appareils de cette escadrille sont régulièrement affectés à des missions Outre-mer, pour des périodes de longueur variable. Dans le Pacifique, une flotille 25F, basée à Tahiti avec cinq Falcon-200Gardian, assure l’alerte pour les missions de recherche et sauvetage (SAR) sur l’ensemble de l’archipel polynésien, ainsi que la surveillance des approches maritimes, le transport des autorités et autres missions de service public (comme l’acheminement des bulletins électoraux ).

Les huit Falcon 50 MS et MI sont utilisés pour de très nombreuses missions qui vont des eaux hexagonales à l’Afrique, en passant par la zone Antilles/Guyane et jusqu’en océan indien.

Mais ces moyens encore performants doivent être homogénéisés au niveau de leurs équipements, , modernisés et augmentés compte tenu de l’étendue géographique qui leur est imparti : si l’on doit se féliciter que la DGA ait sélectionné le Falcon 2000 LXS de Dassault Aviation pour une étude de définition de la future plateforme et de ses équipements, la LPM se hâte lentement pour le renouvellement de cette composante-clé : trois commandes seulement fin 2025.

Homogénéiser la flotte en équipements (sauvetage, détection, etc) ;

A l’issue de l’étude (2020), lancer une commande supérieure (de 3 à 6) afin de couvrir le spectre géographique sans surchauffe des appareils et des équipages.

 

Un programme national industriel, rationnel et pluriannuel pour l’Outre-mer

  1. Ce programme de réarmement Outre-mer sera national, c’est-à-dire réservé à l’industrie française, riche en compétences, à l’instar de l’action de nombreux pays européens (programme BAMen Espagne, par exemple, strictement national) ; la formation de consortia sera encouragée afin de mener une politique industrielle de long terme (construction, maintien en opérationnelle, modernisation à mi-vie) ;

 

  1. Ce programme sera rationalisé, c’est-à-dire homogénéisé afin de simplifier le maintien en condition opérationnelle des unités en service de donner. Les distances géographiques obligent en effet la Marine nationale à ne compter que sur ses propres moyens. C’est ainsi que nous préconisons la fusion du programme de remplacement des frégates de surveillance avec le programme des patrouilleurs hauturiers métropolitains et de manière générale la standardisation des coques et plateformes, avec des équipements de mission modulaires en fonction des besoins ;

 

  1. Ce programme prévoira des séries (POM, chalands, frégates de surveillance, Falcon) plutôt que des commandes par à coup (type PLG : 2 puis 1 sans réelle réduction de prix), ce qui permettra à la Marine d’obtenir un prix unitaire plus faible, et à l’industrie de compter sur un cahier des charges de plusieurs années.

 

[1] Pour mémoire, Le Floréal et le Nivôse sont basés à La Réunion, le Ventôse et le Germinal à Fort-de-France, le Vendémiaire à Nouméa et le Prairial à Papeete.

[2] Le programme de remplacement des vieux CTM (chalands de transport de matériel, 150t) qui est lancé, prévoit un déploiement des CTM-NG dans les zones suivantes : Mayotte, Nouméa (Nouvelle-Calédonie), Fort de France (Martinique), Dégrad-Des-Cannes (Guyane française). Mais sa capacité d’emport reste limité par rapport au Batral.