Par Contributeur anonyme – pour defendre-la-defense.com – Jeudi 31 janvier 2019

C’était une évidence dès le départ, en voilà la confirmation pour celui, qui sans idéologie, regarde dans le détail les mouvements quotidiens des industriels de l’armement étrangers et leurs gouvernements : la politique de coopération européenne dans la défense de M. Macron se heurte à des mouvements stratégiques des partenaires qui en déstabilisent les équilibres paritaires.

Premier mouvement : le gouvernement allemand n’infléchira pas sa politique d’exportation. C’est, là, la toute dernière nouvelle en provenance de Berlin: non seulement les lignes directrices de 2000 seront durcies mais elles seront intégrées dans une loi (Rüstungsgesetz, promise déjà M. Gabriel). L’approche commune franco-allemande si timidement ébauchée dans le Traité d’Aix aura bien du mal à ramer contre le courant berlinois.
Deuxième mouvement : la double stratégique de Rheinmetall. Acteur méconnu en France, la société de Düsseldorf a depuis 2014 de tr-s grandes ambitions européennes. La première est de s’emparer de son rival et concurrent, KMW: elle a toujours eu le soutien du gouvernement pour cet objectif, ne manquait plus que celui de la famille Bode-Wegemann. Chose faite mais l’intégration dans KNDS, formé contre sa volonté, sera plus délicate. La seconde est de contourner KNDS par une alliance de revers avec BAES Systems: affaire conclue et qui portera des fruits au-delà des véhicules blindés, puisque c’est TOUTE la gamme des deux sociétés dan sle terrestre qui est concernée. La troisième, remise à plus tard, concerne le secteur naval allemand avec le projet de rachat de TKMS, le jour où, enfin, TK, décidera à vendre sa division navale.
Troisième mouvement : la fusion évoquée depuis novembre (et encore tout récemment selon nos informations) par le Palais Chiggi entre Leonardo et Fincantieri, via un transfert simple du Trésor vers la Fintecna, c’est-à-dire dans les mains de la Cassa depositi e prestiti. Inutile de dire que ce plan baptisé “Capricorn” a le soutien de la Ligue et de 5Stelle étant donné qu’il offre une alternative nationale à un projet franco-italien guère soutenu par le gouvernement italien actuellement.
Le bilan de ces trois développements est la destruction programmée des équilibres macroniens dans l’Europe industrielle de l’armement. La parité est en effet potentiellement menacée tant dans KNDS que dans Poseidon; il est vain en effet de croire que le déséquilibre entraîné par l’irruption de Rheinmetall dans KNDS puisse être corrigé par une parité de façade ou actionnariale. On voit mal une société cotée en bourse accepter un tel déséquilibre plus motivé par la politique que par le poids industriel. Ce que Paris avait accepté en 1999 – une DASA dans le rouge pesant 50% d’EADS là où elle n’aurait dû peser que 30% au mieux -, Berlin ne l’acceptera pas au détriment de Rheinmetall. Pour l’affaire franco-italienne, la situation est la même : le gouvernement de coalition, hétéroclite en tout sauf dans la défense des intérêts nationaux, prépare un rapport de forces qui est en même temps une alternative.
Face à cela, la France a le choix : ou elle cède au nom de la construction européenne, ou elle défend ses intérêts. Dans la seconde option, elle devra d’abord pacifier les rapports entre industriels : entre Thales, Arquus et Nexter; entre Thales et Naval group.
Car comme le disait Jules César au début de la guerre des Gaules : “in Galia, factiones erant“. On connaît la suite de l’Histoire…