Un effort sur les matériels est prévu sur la Loi de finances 2019 mais aurons-nous les militaires pour les servir ? Par le Général (2S) Christian HOUDET pour www.defendre-la-défense.com

Les armées ont de plus en plus de mal à recruter malgré des campagnes médiatiques flatteuses. La forte augmentation voulue des recrutements, de 15 000 à 26 000 en flux annuel, – pourtant nécessaire, fragilisera la cohérence globale de nos armées.

Ce phénomène est vécu dans toutes les armées et les services !

Les militaires du rang ne rengagent plus au-delà de 6 ans en moyenne alors que le modèle d’armée est prévu pour une fidélisation de 8 ans. Plus d’instruction, de formation et d’entrainement : c’est plus de financement. En outre, le non rajeunissement des effectifs peut mettre à mal l’efficacité des armées.

Il manque 3500 sous-officiers supérieurs en particulier dans les emplois critiques, informaticiens, mécaniciens, auxiliaires sanitaires etc… L’école des sous- officiers (ENSOA) peine à trouver les spécialistes du futur. Et c’est là le point majeur qui doit être souligné. Le corps des sous-officiers – qui est la cheville ouvrière de nos armées – et dont nous sommes très fiers et sans doute, les seuls en Europe, à avoir un corps si qualifié et si performant, se délite faute de recrutement et de fidélisation.

En outre, 25% des officiers, à l’issue de leur formation à Saint-Cyr, démissionnent, amputant l’armée de terre de nombreux jeunes lieutenants qui sont diplômés et qui devaient encadrer les formations combattantes.

Enfin, les officiers supérieurs et les Généraux, dont les tableaux d’avancement diminuent et les perspectives de carrière intéressantes s’effilochent comme peau de…chagrin, quittent les armées déçus et sont recrutés par les grandes sociétés en recherche de cadres dans les domaines de la sécurité ou du management.

Pourquoi les armées ont-elles du mal à recruter et fidéliser les militaires ?

On demande trop à nos militaires !

Les hommes et les femmes de la Défense sont absents de 150 à 240 jours pour certains hors du foyer familial; même s’ils sont fiers de servir et ont un assez bon moral globalement, ils grognent.

  • Le risque grandit de perdre la vie ou d’être blessé (durcissement des combats) même si tous les militaires sont courageux et disponibles par essence. Les compagnes vivent avec angoisse ; les forces spéciales – ces héros – effectuent des missions très dangereuses et les commandos marine ou de l’air partent sans que les remplacements soient suffisants .

Les familles refusent de plus en plus ces conditions de vie. Même si un » plan famille » promis dans la loi de programmation 14-19 commence à se mettre en place, il se fait toujours attendre.

  • Les équipements individuels sont toujours comptés et offrent peu de sécurité (gilet pare-balle moderne mis en place progressivement – enfin), véhicules encore non protégés (camions, véhicules logistiques et de commandement…).
  • Les militaires vivent dans des casernements indignes des hommes et femmes au service de leur pays alors que, par exemple, le personnel muté en Ile de France doit utiliser les transports en commun pendant 3 à 4 heures par jour. Une somme d’ 1,8 Milliard d’euros est mobilisée pour les dépenses d’infrastructures, dont 550 M€ pour le personnel et 1,25 milliards pour les zones techniques. Pour les militaires c’est insuffisant et c’est l’inverse qui doit être budgétisé sur le même chapitre : 1 milliard pour les hommes et les femmes. 800 millions pour les infrastructures des matériels. Il vaut mieux laisser sous la pluie un blindé qu’un militaire !

Nous l’avons donc vu leur condition de vie et d’exercer leur métier se dégradent. La paupérisation entraine l’affaiblissement de notre capital humain et donc de nos armées !

D’autre part :

  • La réforme des salaires des fonctionnaires prévu par le gouvernement inquiète les militaires ;
  • La réforme des retraites, également, est anxiogène suivant les mots du Chef d’état-major de l’armée de terre.

Ces « manœuvres » sont ressenties comme une probable baisse globale des rémunérations et des retraites. Ainsi, échaudé par les scandaleux dysfonctionnements du progiciel « Louvois », le personnel préfère partir plutôt que de perdre encore du pouvoir d’achat et être aussi mal considéré.

Enfin, la méconnaissance de la part des politiques, du monde militaire et leur exigence pour les opérations extérieurs, les maladresses répétées du Président de la République, choquent les défenseurs de notre pays.

L’humiliation du Général Pierre de Villiers n’est pas passée et elle reste ressentie comme une fracture entre son chef et les armées de la France. L’affaire Audin et les insinuations sur le rôle des militaires en Algérie ont fait gronder le monde des militaires et des anciens combattants (voir la lettre du Général président du comité d’entente regroupant des centaines de milliers de soldats).

« Il faut agir en urgence et nous proposons que 450 millions d’euros prévus pour l’adaptation des zones techniques des véhicules, soient re-dirigés vers l’amélioration des logements des hommes et femmes de la Défense ».

Il faut parier sur l’humain car « ce ne sont pas les remparts qui font la force de la cité, ce sont les hommes » !